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Tao Te Ching - Lao Tseu (Tzu)
Le livre de la Voie et de la Vertu

tao te ching lao tseu (tzu) livre Français
tao te ching lao tseu (tzu) livre Français

Tao Te Ching
Le Livre de la Voie et de la Vertu.

Découvrez la sagesse intemporelle et la voie vers l’harmonie intérieure du Tao Te Ching
(Traduction Française).

Lao Tzu

Traduction Française : Stanislas Julien

Préface : Frédéric de la famille Deltour.

(Nous ne sommes pas une personne/entité juridique, nous sommes des êtres spirituels vivants…)

Table des matières

À propos de Lao Tzu

Stanislas Julien, le célèbre traducteur du “Tao Te Ching”

Préface

Pourquoi ai-je décidé de publier ce livre et d’écrire la préface du Tao Te Ching?

Tao Te Ching Le Livre de la Voie et de la Vertu

Conclusion

  1. À propos de Lao Tzu

Lao Tzu était un philosophe et poète légendaire chinois qui est considéré comme l’auteur du Tao Te Ching, le texte fondateur du taoïsme. On sait peu de choses sur sa vie, et son historicité est incertaine. On pense généralement qu’il a vécu au VIe siècle avant notre ère, pendant la dynastie Zhou.

On dit que Lao Tzu a été archiviste à la cour dans la Bibliothèque Impériale de la dynastie Zhou. On pense qu’il a été contemporain de Confucius, et certains récits suggèrent que les deux hommes se sont rencontrés par hasard peu de temps avant que Lao Tzu ne quitte la cour pour errer dans la nature, sans jamais être revu.

Le Tao Te Ching, traditionnellement attribué à Lao Tzu, est une collection de 81 versets de sagesse et de conseils. C’est un texte fondateur du taoïsme, et il est encore largement lu et étudié aujourd’hui. On pense qu’il a été écrit au VIe siècle avant notre ère.

Les enseignements de Lao Tzu se concentrent sur la vie en harmonie avec le Tao, le principe sous-jacent de l’univers. Il enseigne que le Tao est la source ultime de toute connaissance, et que nous devrions nous efforcer d’être en harmonie avec lui afin de vivre une vie paisible et épanouissante.

Les enseignements de Lao Tzu sont encore largement étudiés et pratiqués aujourd’hui, et il est souvent appelé le “Père du taoïsme”. On lui attribue également l’inspiration de nombreux principes fondamentaux du confucianisme.

Ses enseignements ont été une source d’inspiration et de guidance pour les gens du monde entier depuis des siècles.

  1. Stanislas Julien,
    le célèbre traducteur du
    “Tao Te Ching”

Stanislas Julien (1797-1873) était un éminent sinologue et un pionnier dans l’étude de la culture chinoise en Europe. Né en France, il a appris le chinois à un jeune âge et est devenu l’un des premiers Européens à maîtriser la langue.

En 1833, il publia sa traduction en français du “Tao Te Ching”, qui est rapidement devenue l’une des traductions les plus influentes du texte en Europe. La traduction de Julien a été largement saluée pour son exactitude et sa fidélité à l’original, et elle a permis au public européen de découvrir la philosophie profonde du Taoisme.

Julien a également traduit d’autres classiques chinois importants, notamment le “Yijing” (ou “Livre des mutations”), les “Annales de la dynastie Han” et les écrits du célèbre philosophe Confucius.

Au cours de sa carrière, Julien a été professeur de chinois à l’École des Langues Orientales de Paris et a également travaillé pour la Bibliothèque Nationale de France. Son travail a été salué pour sa rigueur académique et sa passion pour la culture chinoise, et il a laissé un héritage durable dans l’étude de la sinologie en Europe.

  1. Préface

Salutations et bénédictions à tous les chercheurs de sagesse spirituelle. Ceci est un livre de sagesse très ancien, un texte antique qui a résisté à l’épreuve du temps. Il est connu sous le nom de “Tao Te Ching”, ou le “Classique de la Voie et de la Vertu”.

Le Tao Te Ching a été écrit par le philosophe chinois Lao Tzu, qui a vécu aux alentours du 6ème siècle avant notre ère.

On dit qu’il l’a écrit en quittant la Chine, pour partager sa sagesse avec toute l’humanité.

Le Tao Te Ching est composé de 81 versets, chacun offrant des aperçus profonds sur différents thèmes, tels que la nature de la réalité, le pouvoir de la pleine conscience et l’importance de vivre à partir d’un lieu d’harmonie et d’équilibre.

Il parle du pouvoir de l’Invisible, le Tao, et comment nous pouvons nous aligner avec lui. Il est un rappel de rester connecté à notre vérité intérieure, de rester en harmonie avec la nature et l’univers et de trouver l’équilibre entre nos mondes intérieur et extérieur.

Le Tao Te Ching est une pièce de littérature intemporelle qui parle à tous ceux qui cherchent la sagesse spirituelle. C’est une source de grande sagesse, et en le lisant, nous nous connectons à une tradition ancienne.

Au fur et à mesure que vous entreprendrez votre voyage à travers ces pages, vous gagnerez de précieuses perspectives sur la nature de la réalité, le pouvoir de la pleine conscience et l’importance de vivre à partir d’un lieu d’harmonie et d’équilibre. Le Tao Te Ching est une source de grande sagesse, et en le lisant, vous vous connectez à une tradition intemporelle.

Comme l’a dit l’ancien philosophe chinois Lao Tzu : “Le Tao qui peut être parlé n’est pas le Tao éternel”.

Pour comprendre véritablement les enseignements du Tao Te Ching, il faut être ouvert à la possibilité qu’il y ait beaucoup plus à la vie que ce que nous pouvons voir avec nos yeux.

Je vous invite à prendre votre temps en explorant ce texte ancien. Laissez-le être une source d’inspiration et de guidance, et un rappel de rester connecté à votre vérité intérieure.

Puissiez-vous trouver la paix, la joie et la sagesse en parcourant le Tao Te Ching.

  1. Pourquoi ai-je décidé de publier ce livre et d’écrire la préface du Tao Te Ching?

Bienvenue dans le monde du Tao Te Ching !

En tant que guide spirituel, coach, voyageur nomade et minimaliste vivant simplement, j’ai été sur le chemin de la croissance personnelle et de l’éveil spirituel depuis presque 20 ans maintenant…

Au cours de mon parcours, j’ai rencontré de nombreux enseignants, textes et enseignements qui m’ont inspiré et guidé, et le Tao Te Ching est l’un d’eux.

J’ai décidé de publier le Tao Te Ching et d’écrire cette préface afin de partager cette sagesse avec un public plus large, et d’aider les autres à apprendre et à bénéficier de ses enseignements.

Dans ce texte ancien, j’ai trouvé des enseignements d’une profonde perspicacité et puissance.

Je suis honoré de partager le message de ce livre incroyable avec vous et de vous inviter à explorer les enseignements du Tao Te Ching par vous-même.

Le Tao Te Ching parle de vivre en harmonie avec la nature et l’univers, et comment trouver un équilibre entre nos mondes intérieurs et extérieurs.

Il parle du pouvoir de l’Invisible, le Tao, et comment nous pouvons nous aligner avec lui.

Le Tao Te Ching a été une source d’inspiration et de guidance pour moi dans mon propre parcours, et j’espère qu’il pourra vous guider dans le vôtre.

Le Tao Te Ching est un classique intemporel qui parle du pouvoir de l’Invisible, le Tao, qui peut être compris de différentes manières, à différents moments…

Avec la croissance de notre propre sagesse et de nos perceptions, ce concept peut être vu à travers différents filtres et transformer nos perceptions constamment.

Nous pouvons le regarder d’une certaine manière, un jour, le sentir d’autres jours, le connaître et le perdre à nouveau le lendemain…

Jusqu’à ce qu’une chose intangible commence à rester présente dans notre vie quotidienne, un sentiment de paix, un parfum de l’informe, du non conditionné, comme le disait un enseignant bouddhiste.

Et puis, eh bien, notre vie est plus sereine, nous marchons avec plus de confiance, inébranlable, ayant compris un peu plus la vraie nature de la réalité.

Je dois dire, en finissant ces mots, que j’ai glissé légèrement du côté bouddhiste de mes expériences, mais la beauté de tout ça est qu’à la fin, certains concepts sont liés, interconnectés, donc l’essence, du moins en partie, est probablement la même…

Je crois que le Tao Te Ching peut offrir des conseils et du soutien à quiconque sur le chemin de la découverte de soi, peu importe le stade de leur voyage actuel.

Dans ces pages, j’espère que vous trouverez du réconfort et quelques compréhension du Tao et de votre propre voyage de vie.

Que vous puissiez toutes et tous recevoir et bénéficier de cette sagesse ancienne et l’utiliser pour apporter plus de paix, de joie et d’harmonie dans votre vie.

Frédéric de la famille Deltour. Par ouï-dire…

(Nous ne sommes pas une personne/entité juridique, nous sommes des êtres spirituels vivants…)

Je me tourne de plus en plus vers un fonctionnement sous forme de donation pour mes différentes activités.

Si vous voulez soutenir ce fonctionnement et mes partages, vous pouvez regarder ce que je propose sur Youtube et sur mon site.

Puissiez vous être béni et heureux,

quoi qu’il arrive.

  1. Tao Te Ching
    Le Livre de la Voie
    et de la Vertu

I

La voie qui peut être exprimée par la parole n'est pas

la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé

n'est pas le Nom éternel.

(L'être) sans nom est l'origine du ciel et de la terre ; avec un nom, il est la mère de toutes choses.

C'est pourquoi, lorsqu'on est constamment exempt de

passions, on voit son essence spirituelle ;

lorsqu'on a constamment des passions,

on le voit sous une forme bornée.

Ces deux choses ont une même origine

et reçoivent des noms différents.

On les appelle toutes deux profondes.

Elles sont profondes, doublement profondes.

C'est la porte de toutes les choses spirituelles.

II

Dans le monde, lorsque tous les hommes ont su

apprécier la beauté (morale),

alors la laideur (du vice) a paru.

Lorsque tous les hommes ont su apprécier le bien,

alors le mal a paru.

C'est pourquoi l'être et le non-être naissent

l'un de l'autre.

Le difficile et le facile se produisent mutuellement.

Le long et le court se donnent mutuellement leur forme.

Le haut et le bas montrent mutuellement leur inégalité.

Les tons et la voix s'accordent mutuellement.

L'antériorité et la postériorité sont la conséquence

l'une de l'autre.

De là vient que le Saint fait son occupation

du non-agir.

Il fait consister ses instructions dans le silence.

Alors tous les êtres se mettent en mouvement,

et il ne leur refuse rien.

Il les produit et ne se les approprie pas.

Il les perfectionne et ne compte pas sur eux.

Ses mérites étant accomplis, il ne s'y attache pas.

Il ne s'attache pas à ses mérites ;

c'est pourquoi ils ne le quittent point.

III

En n'exaltant pas les sages,

on empêche le peuple de se disputer.

En ne prisant pas les biens d'une acquisition difficile

on empêche le peuple de se livrer au vol.

En ne regardant point des objets propres

à exciter des désirs,

on empêche que le cœur du peuple ne se trouble.

C'est pourquoi, lorsque le Saint gouverne,

il vide son cœur, il remplit son ventre (son intérieur),

il affaiblit sa volonté, et il fortifie ses os.

Il s'étudie constamment à rendre le peuple ignorant

et exempt de désirs.

Il fait en sorte que ceux qui ont du savoir

n'osent pas agir.

Il pratique le non-agir, et alors il n'y a rien

qui ne soit bien gouverné.

IV

Le Tao est vide ; si l'on en fait usage,

il paraît inépuisable.

O qu'il est profond !

Il semble le patriarche de tous les êtres.

Il émousse sa subtilité, il se dégage de tous liens,

il tempère sa splendeur, il s'assimile à la poussière.

O qu'il est pur ! Il semble subsister éternellement.

J'ignore de qui il est fils ;

il semble avoir précédé le maître du ciel.

V

Le ciel et la terre n'ont point d'affection particulière.

Ils regardent toutes les créatures

comme le chien de paille (sacrifice).

Le Saint n'a point d'affection particulière ; il regarde

tout le peuple comme le chien de paille (du sacrifice).

L'être qui est entre le ciel et la terre ressemble à un

soufflet de forge qui est vide et ne s'épuise point,

que l'on met en mouvement et qui produit de plus en plus (de vent).

Celui qui parle beaucoup (du Tao)

est souvent réduit au silence.

Il vaut mieux observer le milieu.

VI

L'esprit de la vallée ne meurt pas ;

on l'appelle la femelle mystérieuse.

La porte de la femelle mystérieuse s'appelle

la racine du ciel et de la terre.

Il est éternel et semble exister (matériellement).

Si l'on en fait usage, on n'éprouve aucune fatigue.

VII

Le ciel et la terre ont une durée éternelle.

S'ils peuvent avoir une durée éternelle, c'est parce

qu'ils ne vivent pas pour eux seuls. C'est pourquoi ils

peuvent avoir une durée éternelle.

De là vient que le Saint se met après les autres,

et il devient le premier.

Il se dégage de son corps, et son corps se conserve.

N'est-ce pas parce qu'il n'a point d'intérêts privés ?

C'est pourquoi il peut réussir dans ses intérêts privés.

VIII

L'homme d'une vertu supérieure est comme l'eau.

L'eau excelle à faire du bien aux êtres et ne lutte point.

Elle habite les lieux que déteste la foule.

C'est pourquoi (le sage) approche du Tao.

Il se plaît dans la situation la plus humble.

Son cœur aime à être profond comme un abîme.

S'il fait des largesses,

il excelle à montrer de l'humanité.

S'il parle, il excelle à pratiquer la vérité.

S'il gouverne, il excelle à procurer la paix.

S'il agit, il excelle à montrer de la capacité.

S'il se meut, il excelle à se conformer aux temps.

Il ne lutte contre personne ;

c'est pourquoi il ne reçoit aucune marque de blâme.

IX

Il vaut mieux ne pas remplir un vase que de vouloir le

maintenir (lorsqu'il est plein).

Si l'on aiguise une lame, bien qu'on l'explore avec la

main, on ne pourra la conserver constamment

(tranchante).

Si une salle est remplie d'or et de pierres précieuses,

personne ne pourra les garder.

Si l'on est comblé d'honneurs et qu'on s'enorgueillisse,

on s'attirera des malheurs.

Lorsqu'on a fait de grandes choses et obtenu de la

réputation, il faut se retirer à l'écart.

Telle est la voie du ciel.

X

L'âme spirituelle doit commander à l'âme sensitive.

Si l'homme conserve l'unité,

elles pourront rester indissolubles.

S'il dompte sa force vitale et la rend extrêmement

souple, il pourra être comme un nouveau-né.

S'il se délivre des lumières de l'intelligence, il pourra

être exempt de toute infirmité (morale).

S'il chérit le peuple et procure la paix au royaume, il

pourra pratiquer le non-agir.

S'il laisse les portes du ciel s'ouvrir et se fermer,

il pourra être comme la femelle

(c'est-à-dire rester en repos).

Si ses lumières pénètrent en tous lieux,

il pourra paraître ignorant.

Il produit les êtres et les nourrit.

Il les produit et ne les regarde pas comme sa propriété.

Il leur fait du bien et ne compte pas sur eux.

Il règne sur eux et ne les traite pas en maître.

C'est ce qu'on appelle posséder une vertu profonde.

XI

Trente rais se réunissent autour d'un moyeu.

C'est de son vide que dépend l'usage du char.

On pétrit de la terre glaise pour faire des vases.

C'est de son vide que dépend l'usage des vases.

On perce des portes et des fenêtres

pour faire une maison.

C'est de leur vide que dépend l'usage de la maison.

C'est pourquoi l'utilité vient de l'être,

l'usage naît du non-être.

XII

Les cinq couleurs émoussent la vue de l'homme.

Les cinq notes (de musique) émoussent

l'ouïe de l'homme.

Les cinq saveurs émoussent le goût de l'homme.

Les courses violentes, l'exercice de la chasse égarent

le cœur de l'homme.

Les biens d'une acquisition difficile poussent l'homme

à des actes qui lui nuisent.

De là vient que le Saint s'occupe de son intérieur et ne

s'occupe pas de ses yeux.

C'est pourquoi il renonce à ceci et adopte cela.

XIII

Le sage redoute la gloire comme l'ignominie ; son corps

lui pèse comme une grande calamité.

Qu'entend-on par ces mots :

il redoute la gloire comme l'ignominie ?

La gloire est quelque chose de bas.

Lorsqu'on l'a obtenue, on est comme rempli de crainte : lorsqu'on l'a perdue, on est comme rempli de crainte.

C'est pourquoi l'on dit :

il redoute la gloire comme l'ignominie.

Qu'entend-on par ces mots :

son corps lui pèse comme une grande calamité ?

Si nous éprouvons de grandes calamités,

c'est parce que nous avons un corps.

Quand nous n'avons plus de corps

(quand nous nous sommes dégagés de notre corps), quelles calamités pourrions-nous éprouver ?

C'est pourquoi, lorsqu'un homme redoute de gouverner

lui-même l'empire, on peut lui confier l'empire ; lorsqu'il a regret de gouverner l'empire,

on peut lui remettre le soin de l'empire.

XIV

Vous le regardez (le Tao) et vous ne le voyez pas :

on le dit incolore.

Vous l'écoutez et vous ne l'entendez pas :

on le dit aphone.

Vous voulez le toucher et vous ne l'atteignez pas :

on le dit incorporel.

Ces trois qualités ne peuvent être scrutées à l'aide de

la parole. C'est pourquoi on les confond en une seule.

Sa partie supérieure n'est point éclairée ; sa partie

inférieure n'est point obscure.

Il est éternel et ne peut être nommé.

Il rentre dans le non-être.

On l'appelle une forme sans forme

une image sans image.

On l'appelle vague, indéterminé.

Si vous allez au-devant de lui, vous ne voyez point sa

face ; si vous le suivez, vous ne voyez point son dos.

C'est en observant le Tao des temps anciens qu'on peut

gouverner les existences d'aujourd'hui.

Si l'homme peut connaître l'origine des choses

anciennes, on dit qu'il tient le fil du Tao.

XV

Dans l'antiquité, ceux qui excellaient à pratiquer le Tao

étaient déliés et subtils, abstraits et pénétrants.

Ils étaient tellement profonds

qu'on ne pouvait les connaître.

Comme on ne pouvait les connaître,

je m'efforcerai de donner une idée (de ce qu'ils étaient).

Ils étaient timides comme

celui qui traverse un torrent en hiver.

Ils étaient irrésolus comme

celui qui craint d'être aperçu de ses voisins.

Ils étaient graves comme un étranger

(en présence de l'hôte).

Ils s'effaçaient comme la glace qui se fond.

Ils étaient rudes comme le bois non travaillé.

Ils étaient vides comme une vallée.

Ils étaient troubles comme une eau limoneuse.

Qui est-ce qui sait apaiser peu à peu le trouble

(de son cœur) en le laissant reposer ?

Qui est-ce qui sait naître peu à peu (à la vie spirituelle)

par un calme prolongé ?

Celui qui conserve ce Tao ne désire pas d'être plein.

Il n'est pas plein (de lui-même),

c'est pourquoi il garde ses défauts (apparents),

et ne désire pas (d'être jugé) parfait.

XVI

Celui qui est parvenu au comble du vide

garde fermement le repos.

Les dix mille êtres naissent ensemble ;

ensuite je les vois s'en retourner.

Après avoir été dans un état florissant,

chacun d'eux revient à son origine.

Revenir à son origine s'appelle être en repos.

Être en repos s'appelle revenir à la vie.

Revenir à la vie s'appelle être constant.

Savoir être constant s'appelle être éclairé.

Celui qui ne sait pas être constant s'abandonne au

désordre et s'attire des malheurs.

Celui qui sait être constant a une âme large.

Celui qui a une âme large est juste.

Celui qui est juste devient roi.

Celui qui est roi s'associe au ciel.

Celui qui s'associe au ciel imite le Tao.

Celui qui imite le Tao subsiste longtemps ; jusqu'à la

fin de sa vie, il n'est exposé a aucun danger.

XVII

Dans la haute antiquité, le peuple savait seulement

qu'il avait des rois.

Les suivants, il les aima et leur donna des louanges.

Les suivants, il les craignit.

Les suivants, il les méprisa.

Celui qui n'a pas confiance dans les autres n'obtient

pas leur confiance.

(Les premiers) étaient graves et réservés

dans leurs paroles.

Après qu'ils avaient acquis des mérites et réussi dans

leurs desseins, les cent familles disaient :

Nous suivons notre nature.

XVIII

Quand la grande Voie eut dépéri, on vit paraître

l'humanité et la justice.

Quand la prudence et la perspicacité se furent

montrées, on vit naître une grande hypocrisie.

Quand les six parents eurent cessé de vivre en bonne

harmonie, on vit des actes de piété filiale

et d'affection paternelle.

Quand les États furent tombés dans le désordre,

on vit des sujets fidèles et dévoués.

XIX

Si vous renoncez à la sagesse et quittez la prudence,

le peuple sera cent fois plus heureux.

Si vous renoncez à l'humanité et quittez la justice,

le peuple reviendra à la piété filiale

et à l'affection paternelle.

Si vous renoncez à l'habileté et quittez le lucre, les

voleurs et les brigands disparaîtront.

Renoncez à ces trois choses et persuadez-vous que

l'apparence ne suffit pas.

C'est pourquoi je montre aux hommes ce à quoi ils

doivent s'attacher.

Qu'ils tâchent de laisser voir leur simplicité, de

conserver leur pureté, d'avoir peu d'intérêts privés

et peu de désirs.

XX

Renoncez à l'étude, et vous serez exempt de chagrins.

Combien est petite la différence de weï (un oui bref)

et de o (un oui lent) !

Combien est grande la différence du bien et du mal !

Ce que les hommes craignent,

on ne peut s'empêcher de le craindre.

Ils s'abandonnent au désordre et ne s'arrêtent jamais.

Les hommes de la multitude sont exaltés de joie comme

celui qui se repaît de mets succulents,

comme celui qui est monté, au printemps,

sur une tour élevée.

Moi seul je suis calme :

(mes affections) n'ont pas encore germé.

Je ressemble à un nouveau-né qui n'a pas encore

souri à sa mère.

Je suis détaché de tout ;

on dirait que je ne sais où aller.

Les hommes de la multitude ont du superflu ; moi seul

je suis comme un homme qui a perdu tout.

Je suis un homme d'un esprit borné,

je suis dépourvu de connaissances.

Les hommes du monde sont remplis de lumières ; moi

seul je suis comme plongé dans les ténèbres.

Les hommes du monde sont doués de pénétration ; moi

seul j'ai l'esprit trouble et confus.

Je suis vague comme la mer ;

je flotte comme si je ne savais où m'arrêter.

Les hommes de la multitude ont tous de la capacité ;

moi seul je suis stupide ;

je ressemble à un homme rustique.

Moi seul je diffère des autres hommes, parce que je

révère la mère qui nourrit (tous les êtres).

XXI

Les formes visibles de la grande Vertu émanent

uniquement du Tao.

Voici quelle est la nature du Tao.

Il est vague, il est confus.

Qu'il est confus, qu'il est vague !

Au dedans de lui, il y a des images.

Qu'il est vague, qu'il est confus !

Au dedans de lui, il y a des êtres.

Qu'il est profond, qu'il est obscur !

Au dedans de lui il y a une essence spirituelle. Cette

essence spirituelle est profondément vraie.

Au dedans de lui, réside le témoignage infaillible (de

ce qu'il est) ; depuis les temps anciens

jusqu'aujourd'hui, son nom n'a point passé.

Il donne issue (naissance) à tous les êtres.

Comment sais-je qu'il en est ainsi de tous les êtres ?

(Je le sais) par le Tao.

XXII

Ce qui est incomplet devient entier.

Ce qui est courbé devient droit.

Ce qui est creux devient plein.

Ce qui est usé devient neuf.

Avec peu (de désirs) on acquiert le Tao ;

avec beaucoup (de désirs) on s'égare.

De là vient que le Saint conserve l'Unité (le Tao),

et il est le modèle du monde.

Il ne se met pas en lumière, c'est pourquoi il brille.

Il ne s'approuve point, c'est pourquoi il jette de l'éclat.

Il ne se vante point, c'est pourquoi il a du mérite.

Il ne se glorifie point,

c'est pourquoi il est le supérieur des autres.

Il ne lutte point, c'est pourquoi il n'y a personne dans

l'empire qui puisse lutter contre lui.

L'axiome des anciens :

Ce qui est incomplet devient entier,

était-ce une expression vide de sens ?

Quand l'homme est devenu véritablement parfait,

(le monde) vient se soumettre à lui.

XXIII

Celui qui ne parle pas (arrive au) non-agir.

Un vent rapide ne dure pas toute la matinée ; une pluie

violente ne dure pas tout le jour.

Qui est-ce qui produit ces deux choses ?

Le ciel et la terre.

Si le ciel et la terre même ne peuvent subsister

longtemps, à plus forte raison l'homme !

C'est pourquoi si l'homme se livre au Tao, il s'identifie

au Tao ; s'il se livre a la vertu, il s'identifie à la vertu ;

s'il se livre au crime, il s'identifie au crime.

Celui qui s'identifie au Tao gagne le Tao ;

celui qui s'identifie à la vertu gagne la vertu ;

celui qui s'identifie au crime gagne (la honte du) crime.

Si l'on ne croit pas fortement (au Tao),

l'on finit par n'y plus croire.

XXIV

Celui qui se dresse sur ses pieds ne peut se tenir

droit ; celui qui étend les jambes ne peut marcher.

Celui qui tient à ses vues n'est point éclairé.

Celui qui s'approuve lui-même ne brille pas.

Celui qui se vante n'a point de mérite.

Celui qui se glorifie ne subsiste pas longtemps.

Si l'on juge cette conduite selon le Tao, on la compare

à un reste d'aliments ou à un goitre hideux qui

inspirent aux hommes un constant dégoût.

C'est pourquoi celui qui possède le Tao

ne s'attache pas à cela.

XXV

Il est un être confus qui existait avant le ciel et la terre.

O qu'il est calme ! O qu'il est immatériel !

Il subsiste seul et ne change point.

Il circule partout et ne périclite point.

Il peut être regardé comme la mère de l'univers.

Moi, je ne sais pas son nom.

Pour lui donner un titre, je l'appelle Voie (Tao).

En m'efforçant de lui faire un nom, je l'appelle grand.

De grand, je l'appelle fugace.

De fugace je rappelle éloigné.

D'éloigné je l'appelle (l'être) qui revient.

C'est pourquoi le Tao est grand, le ciel est grand, la

terre est grande, le roi aussi est grand.

Dans le monde, il y a quatre grandes choses,

et le roi en est une.

L'homme imite la terre ;

la terre imite le ciel ; le ciel imite le Tao ;

le Tao imite sa nature.

XXVI

Le grave est la racine du léger ;

le calme est le maître du mouvement.

De là vient que le Saint marche tout le jour

(dans le Tao)

et ne s'écarte point de la quiétude et de la gravité.

Quoiqu'il possède des palais magnifiques,

il reste calme et les fuit.

Mais hélas !

Les maîtres de dix mille chars s

e conduisent légèrement dans l'empire !

Par une conduite légère, on perd ses ministres ;

par l'emportement des passions, on perd son trône.

XXVII

Celui qui sait marcher (dans le Tao) ne laisse pas de

traces ; celui qui sait parler ne commet point de

fautes ; celui qui sait compter ne se sert point

d'instruments de calcul ; celui qui sait fermer (quelque

chose) ne se sert point de verrou, et il est impossible de

l'ouvrir ; celui qui sait lier (quelque chose) ne se sert

point de cordes, et il est impossible de le délier.

De là vient que le Saint excelle constamment

à sauver les hommes ;

c'est pourquoi il n'abandonne pas les hommes.

Il excelle constamment à sauver les êtres ; c'est

pourquoi il n'abandonne pas les êtres.

Cela s'appelle être doublement éclairé.

C'est pourquoi l'homme vertueux est le maître de celui

qui n'est pas vertueux.

L'homme qui n'est pas vertueux est le secours de

l'homme vertueux.

Si l'un n'estime pas son maître, si l'autre n'affectionne

pas celui qui est son secours, quoiqu'ils paraissent

doués de prudence, ils sont plongés dans l'aveuglement.

Voilà ce qu'il y a de plus important et de plus subtil.

XXVIII

Celui qui connaît sa force et garde la faiblesse,

est la vallée de l'empire

(c'est-à-dire le centre où accourt tout l'empire).

S'il est la vallée de l'empire, la vertu constante ne

l'abandonnera pas ; il reviendra à l'état d'enfant.

Celui qui connaît ses lumières et garde les ténèbres,

est le modèle de l'empire.

S'il est le modèle de l'empire, la vertu constante ne

faillira pas (en lui), et il reviendra au comble

(de la pureté).

Celui qui connaît sa gloire et garde l'ignominie est

aussi la vallée de l'empire.

S'il est la vallée de l'empire, sa vertu constante

atteindra la perfection et il reviendra

à la simplicité parfaite (au Tao).

Quand la simplicité parfaite (le Tao) s'est répandue,

elle a formé les êtres.

Lorsque le Saint est élevé aux emplois,

il devient le chef des magistrats.

Il gouverne grandement et ne blesse personne.

XXIX

Si l'homme agit pour gouverner parfaitement l'empire,

je vois qu'il n'y réussira pas.

L'empire est (comme) un vase divin (auquel l'homme)

ne doit pas travailler.

S'il y travaille, il le détruit ;

s'il veut le saisir, il le perd.

C'est pourquoi, parmi les êtres, les uns marchent (en

avant) et les autres suivent ; les uns réchauffent et les

autres refroidissent ; les uns sont forts et les autres

faibles ; les uns se meuvent et les autres s'arrêtent.

De là vient que le Saint supprime les excès,

le luxe et la magnificence.

XXX

Celui qui aide le maître des hommes par le Tao ne (doit pas) subjuguer l'empire par les armes.

Quoi qu'on fasse aux hommes, ils rendent la pareille.

Partout où séjournent les troupes,

on voit naître les épines et les ronces.

À la suite des grandes guerres,

il y a nécessairement des années de disette.

L'homme vertueux frappe un coup décisif et s'arrête.

Il n'ose subjuguer l'empire par la force des armes.

Il frappe un coup décisif et ne se vante point.

Il frappe un coup décisif et ne se glorifie point.

Il frappe un coup décisif et ne s'enorgueillit point.

Il frappe un coup décisif et ne combat que par nécessité.

Il frappe un coup décisif et ne veut point paraître fort.

Quand les êtres sont arrivés à la plénitude

de leur force, ils vieillissent.

Cela s'appelle ne pas imiter le Tao.

Celui qui n'imite pas le Tao ne tarde pas à périr.

XXXI

Les armes les plus excellentes sont

des instruments de malheur.

Tous les hommes les détestent.

C'est pourquoi celui qui possède le Tao

ne s'y attache pas.

En temps de paix, le sage estime la gauche ;

celui qui fait la guerre estime la droite.

Les armes sont des instruments de malheur ;

ce ne sont point les instruments du sage.

Il ne s'en sert que lorsqu'il ne peut s'en dispenser,

et met au premier rang le calme et le repos.

S'il triomphe, il ne s'en réjouit pas.

S'en réjouir, c'est aimer à tuer les hommes.

Celui qui aime à tuer les hommes ne peut réussir

à régner sur l'empire.

Dans les événements heureux, on préfère la gauche ;

dans les événements malheureux, on préfère la droite.

Le général en second occupe la gauche ;

le général en chef occupe la droite.

Je veux dire qu'on le place suivant les rites funèbres.

Celui qui a tué une multitude d'hommes doit pleurer

sur eux avec des larmes et des sanglots.

Celui qui a vaincu dans un combat, on le place suivant

les rites funèbres.

XXXII

Le Tao est éternel et il n'a pas de nom.

Quoiqu'il soit petit de sa nature,

le monde entier ne pourrait le subjuguer.

Si les vassaux et les rois peuvent le conserver, tous les

êtres viendront spontanément se soumettre à eux.

Le ciel et la terre s'uniront ensemble pour faire

descendre une douce rosée, et les peuples se

pacifieront d'eux-mêmes sans que personne

le leur ordonne.

Dès que le Tao se fut divisé, il eut un nom.

Ce nom une fois établi, il faut savoir se retenir.

Celui qui sait se retenir ne périclite jamais.

Le Tao est répandu dans l'univers.

(Tous les êtres retournent à lui) comme les rivières et

les ruisseaux des montagnes retournent

aux fleuves et aux mers.

XXXIII

Celui qui connaît les hommes est prudent.

Celui qui se connaît lui-même est éclairé.

Celui qui dompte les hommes est puissant.

Celui qui se dompte lui-même est fort.

Celui qui sait se suffire est assez riche.

Celui qui agit avec énergie est doué

d'une ferme volonté.

Celui qui ne s'écarte point de sa nature

subsiste longtemps.

Celui qui meurt et ne périt pas jouit

d'une (éternelle) longévité.

XXXIV

Le Tao s'étend partout ;

il peut aller à gauche comme à droite.

Tous les êtres comptent sur lui pour naître,

et il ne les repousse point.

Quand ses mérites sont accomplis,

il ne se les attribue point.

Il aime et nourrit tous les êtres,

et ne se regarde pas comme leur maître.

Il est constamment sans désirs : on peut l'appeler petit.

Tous les êtres se soumettent à lui, et il ne se regarde

pas comme leur maître : on peut l'appeler grand.

De là vient que, jusqu'à la fin de sa vie,

le Saint ne s'estime pas grand.

C'est pourquoi il peut accomplir de grandes choses.

XXXV

Le Saint garde la grande image (le Tao), et tous les

peuples de l'empire accourent à lui.

Ils accourent, et il ne leur fait point de mal ; il leur

procure la paix, le calme et la quiétude.

La musique et les mets exquis retiennent

l'étranger qui passe.

Mais lorsque le Tao sort de notre bouche,

il est fade et sans saveur.

On le regarde et l'on ne peut le voir ;

on l'écoute et l'on ne peut l'entendre ;

on l'emploie et l'on ne peut l'épuiser.

XXXVI

Lorsqu'une créature est sur le point de se contracter,

(on reconnaît) avec certitude que dans l'origine

elle a eu de l'expansion.

Est-elle sur le point de s'affaiblir, (on reconnaît) avec

certitude que dans l'origine elle a eu de la force.

Est-elle sur le point de dépérir, (on reconnaît) avec

certitude que dans l'origine elle a eu de la splendeur.

Est-elle sur le point d'être dépouillée de tout,

(on reconnaît) avec certitude

que dans l'origine elle a été comblée de dons.

Cela s'appelle (une doctrine à la fois)

cachée et éclatante.

Ce qui est mou triomphe de ce qui est dur ;

ce qui est faible triomphe de ce qui est fort.

Le poisson ne doit point quitter les abîmes ; l'arme

acérée du royaume ne doit pas être montrée au peuple.

XXXVII

Le Tao pratique constamment le non-agir et (pourtant)

il n'y a rien qu'il ne fasse.

Si les rois et les vassaux peuvent le conserver

(tous les êtres) se convertiront.

Si, une fois convertis, ils veulent encore se mettre en

mouvement, je les contiendrai à l'aide de l'être simple

qui n'a pas de nom (c'est-à-dire par le Tao).

L'être simple qui n'a pas de nom,

il ne faut pas même le désirer.

L'absence de désirs procure la quiétude.

Alors l'empire se rectifie de lui-même.

XXXVIII

Les hommes d'une vertu supérieure ignorent leur

vertu ; c'est pourquoi ils ont de la vertu.

Les hommes d'une vertu inférieure n'oublient pas leur

vertu ; c'est pourquoi ils n'ont point de vertu.

Les hommes d'une vertu supérieure

la pratiquent sans y songer.

Les hommes d'une vertu inférieure

la pratiquent avec intention.

Les hommes d'une humanité supérieure

la pratiquent sans y songer.

Les hommes d'une équité supérieure

la pratiquent avec intention.

Les hommes d'une urbanité supérieure

la pratiquent et personne n'y répond ;

alors ils emploient la violence

pour qu'on les paye de retour.

C'est pourquoi l'on a de la vertu après avoir perdu le

Tao ; de l'humanité après avoir perdu la vertu ;

de l'équité après avoir perdu l'humanité ;

de l'urbanité après avoir perdu l'équité.

L'urbanité n'est que l'écorce de la droiture et de la

sincérité ; c'est la source du désordre.

Le faux savoir n'est que la fleur du Tao

et le principe de l'ignorance.

C'est pourquoi un grand homme s'attache au solide

et laisse le superficiel.

Il estime le fruit et laisse la fleur.

C'est pourquoi il rejette l'une et adopte l'autre.

XXXIX

Voici les choses qui jadis ont obtenu l'Unité.

Le ciel est pur parce qu'il a obtenu l'Unité.

La terre est en repos parce qu'elle a obtenu l'Unité.

Les esprits sont doués d'une intelligence divine

parce qu'ils ont obtenu l'Unité.

Les vallées se remplissent

parce qu'elles ont obtenu l'Unité.

Les dix mille êtres naissent

parce qu'ils ont obtenu l'Unité.

Les princes et rois sont les modèles du monde

parce qu'ils ont obtenu l'Unité.

Voilà ce que l'Unité a produit.

Si le ciel perdait sa pureté, il se dissoudrait ;

Si la terre perdait son repos, elle s'écroulerait ;

Si les esprits perdaient leur intelligence divine,

ils s'anéantiraient ;

Si les vallées ne se remplissaient plus,

elles se dessécheraient ;

Si les dix mille êtres ne naissaient plus,

ils s'éteindraient ;

Si les princes et les rois s'enorgueillissaient de leur

noblesse et de leur élévation, et cessaient d'être les

modèles (du monde), ils seraient renversés.

C'est pourquoi les nobles regardent la roture comme

leur origine ; les hommes élevés regardent la bassesse

de la condition comme leur premier fondement.

De là vient que les princes et les rois s'appellent euxmêmes orphelins, hommes de peu de mérite, hommes dénués de vertu.

Ne montrent-ils pas par là qu'ils regardent la roture

comme leur véritable origine ? Et ils ont raison !

C'est pourquoi, si vous décomposez un char,

vous n'avez plus de char.

(Le sage) ne veut pas être estimé comme le jade,

ni méprisé comme la pierre.

XL

Le retour au non-être (produit) le mouvement du Tao.

La faiblesse est la fonction du Tao.

Toutes les choses du monde sont nées de l'être ;

l'être est né du non-être.

XLI

Quand les lettrés supérieurs ont entendu parler du

Tao, ils le pratiquent avec zèle.

Quand les lettrés du second ordre ont entendu parler

du Tao, tantôt ils le conservent, tantôt ils le perdent.

Quand les lettrés inférieurs ont entendu parler du Tao,

ils le tournent en dérision.

S'ils ne le tournaient pas en dérision,

il ne mériterait pas le nom de Tao.

C'est pourquoi les anciens disaient :

Celui qui a l'intelligence du Tao paraît

enveloppé de ténèbres.

Celui qui est avancé dans le Tao ressemble

à un homme arriéré.

Celui qui est à la hauteur du Tao ressemble

à un homme vulgaire.

L'homme d'une vertu supérieure est comme une vallée.

L'homme d'une grande pureté

est comme couvert d'opprobre.

L'homme d'un mérite immense

paraît frappé d'incapacité.

L'homme d'une vertu solide semble dénué d'activité.

L'homme simple et vrai semble vil et dégradé.

C'est un grand carré dont on ne voit pas les angles ; un

grand vase qui semble loin d'être achevé ; une grande

voix dont le son est imperceptible ; une grande image

dont on n'aperçoit point la forme !

Le Tao se cache et personne ne peut le nommer.

Il sait prêter (secours aux êtres)

et les conduire à la perfection.

XLII

Le Tao a produit un ; un a produit deux ;

deux a produit trois ; trois a produit tous les êtres.

Tous les êtres fuient le calme

et cherchent le mouvement.

Un souffle immatériel forme l'harmonie.

Ce que les hommes détestent, c'est d'être orphelins,

imparfaits, dénués de vertu, et cependant les rois

s'appellent ainsi eux-mêmes.

C'est pourquoi, parmi les êtres, les uns s'augmentent

en se diminuant ; les autres se diminuent

en s'augmentant.

Ce que les hommes enseignent, je l'enseigne aussi.

Les hommes violents et inflexibles

n'obtiennent point une mort naturelle.

Je veux prendre leur exemple

pour la base de mes instructions.

XLIII

Les choses les plus molles du monde subjuguent les

choses les plus dures du monde.

Le non-être traverse les choses impénétrables.

C'est par là que je sais que le non-agir est utile.

Dans l'univers, il y a bien peu d'hommes qui sachent

instruire sans parler et tirer profit du non-agir.

XLIV

Qu'est-ce qui nous touche de plus près, de notre gloire

ou de notre personne ?

Qu'est-ce qui nous est le plus précieux,

de notre personne ou de nos richesses ?

Quel est le plus grand malheur,

de les acquérir ou de les perdre ?

C'est pourquoi celui qui a de grandes passions est

nécessairement exposé à de grands sacrifices.

Celui qui cache un riche trésor éprouve nécessairement

de grandes pertes.

Celui qui sait se suffire est à l'abri du déshonneur.

Celui qui sait s'arrêter ne périclite jamais.

Il pourra subsister longtemps.

XLV

(Le Saint) est grandement parfait, et il paraît plein

d'imperfections ; ses ressources ne s'usent point.

Il est grandement plein, et il paraît vide ; ses

ressources ne s'épuisent point.

Il est grandement droit, et il semble manquer de

rectitude.

Il est grandement ingénieux, et il paraît stupide.

Il est grandement disert, et il paraît bègue.

Le mouvement triomphe du froid ;

le repos triomphe de la chaleur.

Celui qui est pur et tranquille devient

le modèle de l'univers.

XLVI

Lorsque le Tao régnait dans le monde, on renvoyait les

chevaux pour cultiver les champs.

Depuis que le Tao ne règne plus dans le monde, les

chevaux de combat naissent sur les frontières.

Il n'y a pas de plus grand crime que

de se livrer à ses désirs.

Il n'y a pas de plus grand malheur que

de ne pas savoir se suffire.

Il n'y a pas de plus grande calamité

que le désir d'acquérir.

Celui qui sait se suffire est toujours

content de son sort.

XLVII

Sans sortir de ma maison, je connais l'univers ; sans

regarder par ma fenêtre, je découvre les voies du ciel.

Plus l'on s'éloigne et moins l'on apprend.

C'est pourquoi le sage arrive (où il veut) sans

marcher ; il nomme les objets sans les voir ; sans agir,

il accomplit de grandes choses.

XLVIII

Celui qui se livre à l'étude augmente chaque jour

(ses connaissances).

Celui qui se livre au Tao diminue chaque jour

(ses passions).

Il les diminue et les diminue sans cesse

jusqu'à ce qu'il soit arrivé au non-agir.

Dès qu'il pratique le non-agir,

il n'y a rien qui lui soit impossible.

C'est toujours par le non-agir que l'on devient

le maître de l'empire.

Celui qui aime à agir est incapable de devenir

le maître de l'empire.

XLIX

Le Saint n'a point de sentiments immuables.

Il adopte les sentiments du peuple.

Celui qui est vertueux, il le traite comme un homme

vertueux ; celui qui n'est pas vertueux,

il le traite aussi comme un homme vertueux.

C'est là le comble de la vertu.

Celui qui est sincère, il le traite comme un homme

sincère ; celui qui n'est pas sincère, il le traite aussi

comme un homme sincère.

C'est là le comble de la sincérité.

Le Saint, vivant dans le monde,

reste calme et tranquille, et conserve les mêmes sentiments pour tous.

Les cent familles attachent sur lui leurs oreilles

et leurs yeux.

Le Saint regarde le peuple comme un enfant.

L

L'homme sort de la vie pour entrer dans la mort.

Il y a treize causes de vie et treize causes de mort.

À peine est-il né que ces treize causes de mort

l'entraînent rapidement au trépas.

Quelle en est la raison ?

C'est qu'il veut vivre avec trop d'intensité.

Or j'ai appris que celui qui sait gouverner sa vie ne

craint sur sa route ni le rhinocéros, ni le tigre.

S'il entre dans une armée,

il n'a besoin ni de cuirasse, ni d'armes.

Le rhinocéros ne saurait où le frapper de sa corne,

le tigre où le déchirer de ses ongles,

le soldat où le percer de son glaive.

Quelle en est la cause ?

Il est à l'abri de la mort !

LI

Le Tao produit les êtres, la Vertu les nourrit. Ils leur

donnent un corps et les perfectionnent

par une secrète impulsion.

C'est pourquoi tous les êtres révèrent le Tao

et honorent la Vertu.

Personne n'a conféré au Tao sa dignité, ni à la Vertu

sa noblesse : ils les possèdent éternellement

en eux mêmes.

C'est pourquoi le Tao produit les êtres, les nourrit, les

fait croître, les perfectionne, les mûrit,

les alimente, les protège.

Il les produit et ne se les approprie point ;

il les fait ce qu'ils sont et ne s'en glorifie point ;

il règne sur eux et les laisse libres.

C'est là ce qu'on appelle une vertu profonde.

LII

Le principe du monde est devenu la mère du monde.

Dès qu'on possède la mère, on connaît ses enfants.

Dès que l'homme connaît les enfants et qu'il conserve

leur mère, jusqu'à la fin de sa vie

il n'est exposé à aucun danger.

S'il clôt sa bouche, s'il ferme ses oreilles et ses yeux,

jusqu'au terme de ses jours,

il n'éprouvera aucune fatigue.

Mais s'il ouvre sa bouche et augmente ses désirs,

jusqu'à la fin de sa vie, il ne pourra être sauvé.

Celui qui voit les choses les plus subtiles s'appelle

éclairé ; celui qui conserve la faiblesse s'appelle fort.

S'il fait usage de l'éclat (du Tao)

et revient à sa lumière,

son corps n'aura plus à craindre aucune calamité.

C'est là ce qu'on appelle être doublement éclairé.

LIII

Si j'étais doué de quelque connaissance, je marcherais

dans la grande Voie.

La seule chose que je craigne, c'est d'agir.

La grande Voie est très unie,

mais le peuple aime les sentiers.

Si les palais sont très brillants, les champs sont très

incultes, et les greniers très vides.

Les princes s'habillent de riches étoffes ; ils portent un

glaive tranchant ; ils se rassasient de mets exquis ; ils

regorgent de richesses.

C'est ce qu'on appelle se glorifier du vol ;

ce n'est point pratiquer le Tao.

LIV

Celui qui sait fonder ne craint point la destruction ;

celui qui sait conserver ne craint point de perdre.

Ses fils et ses petits-fils lui offriront des sacrifices

sans interruption.

Si (l'homme) cultive le Tao au dedans de lui-même,

sa vertu deviendra sincère.

S'il le cultive dans sa famille,

sa vertu deviendra surabondante.

S'il le cultive dans le village,

sa vertu deviendra étendue.

S'il le cultive dans le royaume,

sa vertu deviendra florissante.

S'il le cultive dans l'empire,

sa vertu deviendra universelle.

C'est pourquoi, d'après moi-même,

je juge des autres hommes ;

d'après une famille, je juge des autres familles ;

d'après un village, je juge des autres villages ;

d'après un royaume, je juge des autres royaumes ; d'après l'empire, je juge de l'empire.

Comment sais-je qu'il en est ainsi de l'empire ?

C'est uniquement par là.

LV

Celui qui possède une vertu solide ressemble à un

nouveau-né qui ne craint ni la piqûre des animaux

venimeux, ni les griffes des bêtes féroces,

ni les serres des oiseaux de proie.

Ses os sont faibles, ses nerfs sont mous, et cependant

il saisit fortement les objets.

Il ne connaît pas encore l'union des deux sexes, et

cependant certaines parties (de son corps)

éprouvent un orgasme viril.

Cela vient de la perfection du semen.

Il crie tout le jour et sa voix ne s'altère point ;

cela vient de la perfection de l'harmonie

(de la force vitale).

Connaître l'harmonie s'appelle être constant.

Connaître la constance s'appelle être éclairé.

Augmenter sa vie s'appelle une calamité.

Quand le cœur donne l'impulsion à l'énergie vitale,

cela s'appelle être fort.

Dès que les êtres sont devenus robustes, ils vieillissent.

C'est ce qu'on appelle ne pas imiter le Tao.

Celui qui n'imite pas le Tao périt de bonne heure.

LVI

L'homme qui connaît (le Tao) ne parle pas ;

celui qui parle ne le connaît pas.

Il clôt sa bouche, il ferme ses oreilles et ses yeux, il

émousse son activité, il se dégage de tous liens, il

tempère sa lumière (intérieure), il s'assimile au

vulgaire. On peut dire qu'il ressemble au Tao.

Il est inaccessible à la faveur comme à la disgrâce, au

profit comme au détriment,

aux honneurs comme à l'ignominie.

C'est pourquoi il est l'homme le plus honorable

de l'univers.

LVII

Avec la droiture, on gouverne le royaume ; avec la ruse,

on fait la guerre ; avec le non-agir,

on devient le maître de l'empire.

Comment sais-je qu'il en est ainsi de l'empire ?

Par ceci.

Plus le roi multiplie les prohibitions et les défenses, et

plus le peuple s'appauvrit ;

Plus le peuple a d'instruments de lucre,

et plus le royaume se trouble ;

Plus le peuple a d'adresse et d'habileté,

et plus l'on voit fabriquer d'objets bizarres ;

Plus les lois se manifestent,

et plus les voleurs s'accroissent.

C'est pourquoi le Saint dit :

Je pratique le non-agir,

et le peuple se convertit de lui-même.

J'aime la quiétude, et le peuple se rectifie de lui-même.

Je m'abstiens de toute occupation,

et le peuple s'enrichit de lui-même.

Je me dégage de tous désirs,

et le peuple revient de lui-même à la simplicité.

LVIII

Lorsque l'administration (paraît) dépourvue de

lumières, le peuple devient riche.

Lorsque l'administration est clairvoyante le peuple

manque de tout.

Le bonheur naît du malheur, le malheur est caché au

sein du bonheur. Qui peut en prévoir la fin ?

Si le prince n'est pas droit, les hommes droits

deviendront trompeurs,

et les hommes vertueux, pervers.

Les hommes sont plongés dans l'erreur,

et cela dure depuis bien longtemps !

C'est pourquoi le Saint est juste

et ne blesse pas (le peuple).

Il est désintéressé et ne lui fait pas de tort.

Il est droit et ne le redresse pas.

Il est éclairé et ne l'éblouit pas.

LIX

Pour gouverner les hommes et servir le ciel, rien n'est

comparable à la modération.

La modération doit être le premier soin de l'homme.

Quand elle est devenue son premier soin, on peut dire

qu'il accumule abondamment la vertu.

Quand il accumule abondamment la vertu,

il n'y a rien dont il ne triomphe.

Quand il n'y a rien dont il ne triomphe,

personne ne connaît ses limites.

Quand personne ne connaît ses limites,

il peut posséder le royaume.

Celui qui possède la mère du royaume

peut subsister longtemps.

C'est ce qu'on appelle avoir des racines profondes

et une tige solide.

Voilà l'art de vivre longuement et de jouir

d'une existence durable.

LX

Pour gouverner un grand royaume, (on doit) imiter

(celui qui) fait cuire un petit poisson.

Lorsque le prince dirige l'empire par le Tao, les démons

ne montrent point leur puissance.

Ce n'est point que les démons manquent de puissance,

c'est que les démons ne blessent point les hommes.

Ce n'est point que les démons ne (puissent) blesser les

hommes, c'est que le Saint lui-même ne blesse point

les hommes.

Ni le Saint ni les démons ne les blessent ;

c'est pourquoi ils confondent ensemble leur vertu.

LXI

Un grand royaume (doit s'abaisser comme)

les fleuves et les mers,

où se réunissent (toutes les eaux de) l'empire.

Dans le monde, tel est le rôle de la femelle.

En restant en repos,

elle triomphe constamment du mâle.

Ce repos est une sorte d'abaissement.

C'est pourquoi, si un grand royaume s'abaisse devant

les petits royaumes, il gagnera les petits royaumes.

Si les petits royaumes s'abaissent devant un grand

royaume, ils gagneront le grand royaume.

C'est pourquoi les uns s'abaissent pour recevoir,

les autres s'abaissent pour être reçus.

Ce que désire uniquement un grand royaume,

c'est de réunir et de gouverner les autres hommes.

Ce que désire uniquement un petit royaume,

c'est d'être admis à servir les autres hommes.

Alors tous deux obtiennent ce qu'ils désiraient.

Mais les grands doivent s'abaisser !

LXII

Le Tao est l'asile de tous les êtres ; c'est le trésor de

l'homme vertueux et l'appui du méchant.

Les paroles excellentes peuvent faire notre richesse,

les actions honorables peuvent nous élever

au-dessus des autres.

Si un homme n'est pas vertueux,

pourrait-on le repousser avec mépris ?

C'est pour cela qu'on avait établi un empereur et

institué trois ministres.

Il est beau de tenir devant soi une tablette de jade,

ou d'être monté sur un quadrige ;

mais il vaut mieux rester

assis pour avancer dans le Tao.

Pourquoi les anciens estimaient-ils le Tao ?

N'est-ce pas parce qu'on le trouve naturellement

sans le chercher tout le jour ?

N'est-ce pas parce que les coupables obtiennent par lui la liberté et la vie ?

C'est pourquoi (le Tao) est l'être le plus estimable

du monde.

LXIII

(Le sage) pratique le non-agir il s'occupe de la nonoccupation, et savoure ce qui est sans saveur.

Les choses grandes ou petites, nombreuses ou rares,

(sont égales à ses yeux).

Il venge ses injures par des bienfaits.

Il commence par des choses aisées,

lorsqu'il en médite de difficiles ;

par de petites choses, lorsqu'il en projette de grandes.

Les choses les plus difficiles du monde

nécessairement commencé par être aisées.

Les choses les plus grandes du monde ont

nécessairement commencé par être petites.

De là vient que, jusqu'à la fin, le Saint ne cherche point

à faire de grandes choses ;

c'est pourquoi il peut accomplir de grandes choses.

Celui qui promet à la légère lie rarement sa parole.

Celui qui trouve beaucoup de choses faciles éprouve

nécessairement de nombreuses difficultés.

De là vient que le Saint trouve tout difficile ;

c'est pourquoi, jusqu'au terme de sa vie,

il n'éprouve nulles difficultés.

LXIV

Ce qui est calme est aisé à maintenir ; ce qui n'a pas

encore paru est aisé à prévenir ; ce qui est faible est

aisé à briser ; ce qui est menu est aisé à disperser.

Arrêtez le mal avant qu'il n'existe ;

calmez le désordre avant qu'il n'éclate.

Un arbre d'une grande circonférence est né d'une

racine aussi déliée qu'un cheveu ; une tour de neuf

étages est sortie d'une poignée de terre ;

un voyage de mille lis a commencé par un pas !

Celui qui agit échoue ;

celui qui s'attache à une chose la perd.

De là vient que le Saint n'agit pas,

c'est pourquoi il n'échoue point.

Il ne s'attache à rien, c'est pourquoi il ne perd point.

Lorsque le peuple fait une chose,

il échoue toujours au moment de réussir.

Soyez attentif à la fin comme au commencement, et

alors vous n'échouerez jamais.

De là vient que le Saint fait consister ses désirs dans

l'absence de tout désir.

Il n'estime point les biens d'une acquisition difficile.

Il fait consister son étude dans l'absence de toute

étude, et se préserve des fautes des autres hommes.

Il n'ose pas agir afin d'aider tous les êtres à suivre leur

nature.

LXV

Dans l'antiquité, ceux qui excellaient à pratiquer le Tao

ne l'employaient point à éclairer le peuple ; ils

l'employaient à le rendre simple et ignorant.

Le peuple est difficile à gouverner

parce qu'il a trop de prudence ;

Celui qui se sert de la prudence pour gouverner le

royaume, est le fléau du royaume.

Celui qui ne se sert pas de la prudence pour gouverner

le royaume, fait le bonheur du royaume.

Lorsqu'on connaît ces deux choses, on est le modèle (de

l'empire).

Savoir être le modèle (de l'empire),

c'est être doué d'une vertu céleste.

Cette vertu céleste est profonde, immense,

opposée aux créatures.

Par elle on parvient à procurer une paix générale.

LXVI

Pourquoi les fleuves et les mers peuvent-ils être les rois

de toutes les eaux ?

Parce qu'ils savent se tenir au-dessous d'elles.

C'est pour cela qu'ils peuvent être les rois

de toutes les eaux.

Aussi lorsque le Saint désire d'être au-dessus du

peuple, il faut que, par ses paroles,

il se mette audessous de lui.

Lorsqu'il désire d'être placé en avant du peuple, il faut

que, de sa personne, il se mette après lui.

De là vient que le Saint est placé au-dessus de tous et

il n'est point à charge au peuple ; il est placé en avant

de tous et le peuple n'en souffre pas.

Aussi tout l'empire aime à le servir

et ne s'en lasse point.

Comme il ne dispute pas (le premier rang), il n'y a

personne dans l'empire qui puisse le lui disputer.

LXVII

Dans le monde tous me disent éminent, mais je

ressemble à un homme borné.

C'est uniquement parce que je suis éminent, que je

ressemble à un homme borné.

Quant à (ceux qu'on appelle) éclairés, il y a longtemps

que leur médiocrité est connue !

Je possède trois choses précieuses :

je les tiens et les conserve comme un trésor.

La première s'appelle l'affection ; la seconde s'appelle

l'économie ; la troisième s'appelle l'humilité, qui

m'empêche de vouloir être le premier de l'empire.

J'ai de l'affection, c'est pourquoi je puis être courageux.

J'ai de l'économie, c'est pourquoi je puis faire

de grandes dépenses.

Je n'ose être le premier de l'empire, c'est pourquoi je

puis devenir le chef de tous les hommes.

Mais aujourd'hui on laisse l'affection pour

s'abandonner au courage ; on laisse l'économie pour se

livrer à de grandes dépenses ; on laisse le dernier rang

pour rechercher le premier :

Voilà ce qui conduit à la mort.

Si l'on combat avec un cœur rempli d'affection, on

remporte la victoire ; si l'on défend (une ville),

elle est inexpugnable.

Quand le ciel veut sauver un homme, il lui donne

l'affection pour le protéger.

LXVIII

Celui qui excelle à commander une armée,

n'a pas une ardeur belliqueuse.

Celui qui excelle à combattre ne se laisse pas aller

à la colère.

Celui qui excelle à vaincre ne lutte pas.

Celui qui excelle à employer les hommes

se met au dessous d'eux.

C'est là ce qu'on appelle posséder la vertu qui consiste

à ne point lutter.

C'est ce qu'on appelle savoir se servir

des forces des hommes.

C'est ce qu'on appelle s'unir au ciel.

Telle était la science sublime des anciens.

LXIX

Voici ce que disait un ancien guerrier :

Je n'ose donner le signal, j'aime mieux le recevoir.

Je n'ose avancer d'un pouce,

j'aime mieux reculer d'un pied.

C'est ce qui s'appelle n'avoir pas de rang à suivre, de

bras à étendre, d'ennemis à poursuivre,

ni d'arme à saisir.

Il n'y a pas de plus grand malheur

que de résister à la légère.

Résister à la légère, c'est presque perdre notre trésor.

Aussi, lorsque deux armées combattent à armes

égales, c'est l'homme le plus compatissant

qui remporte la victoire.

LXX

Mes paroles sont très faciles à comprendre,

très faciles à pratiquer.

Dans le monde personne ne peut les comprendre,

personne ne peut les pratiquer.

Mes paroles ont une origine, mes actions ont une règle.

Les hommes ne les comprennent pas,

c'est pour cela qu'ils m'ignorent.

Ceux qui me comprennent sont bien rares.

Je n'en suis que plus estimé.

De là vient que le Saint se revêt d'habits grossiers et

cache des pierres précieuses dans son sein.

LXXI

Savoir et (croire qu'on) ne sait pas,

c'est le comble du mérite.

Ne pas savoir et (croire qu'on) sait,

c'est la maladie (des hommes).

Si vous vous affligez de cette maladie

vous ne l'éprouverez pas.

Le Saint n'éprouve pas cette maladie,

parce qu'il s'en afflige.

Voilà pourquoi il ne l'éprouve pas.

LXXII

Lorsque le peuple ne craint pas les choses redoutables,

ce qu'il y a de plus redoutable

(la mort) vient fondre sur lui.

Gardez-vous de vous trouver à l'étroit dans votre

demeure, gardez-vous de vous dégoûter de votre sort.

Je ne me dégoûte point du mien, c'est pourquoi il ne

m'inspire point de dégoût.

De là vient que le Saint se connaît lui-même

et ne se met point en lumière ;

il se ménage et ne se prise point.

C'est pourquoi il laisse ceci et adopte cela.

LXXIII

Celui qui met son courage à oser, trouve la mort.

Celui qui met son courage à ne pas oser, trouve la vie.

De ces deux choses, l'une est utile, l'autre est nuisible.

Lorsque le ciel déteste quelqu'un,

qui est-ce qui pourrait sonder ses motifs ?

C'est pourquoi le Saint se décide difficilement à agir.

Telle est la voie (la conduite) du ciel.

Il ne lutte point, et il sait remporter la victoire.

Il ne parle point, et (les êtres) savent lui obéir.

Il ne les appelle pas, et ils accourent d'eux-mêmes.

Il paraît lent, et il sait former des plans habiles.

Le filet du ciel est immense, ses mailles sont écartées

et cependant personne n'échappe.

LXXIV

Lorsque le peuple ne craint pas la mort, comment

l'effrayer par la menace de la mort ?

Si le peuple craint constamment la mort, et que

quelqu'un fasse le mal, je puis le saisir et le tuer, et

alors qui osera (l'imiter) ?

Il y a constamment un magistrat suprême

qui inflige la mort.

Si l'on veut remplacer ce magistrat suprême, et infliger

soi-même la mort, on ressemble à un homme (inhabile)

qui voudrait tailler le bois à la place d'un charpentier.

Lorsqu'on veut tailler le bois

à la place d'un charpentier,

il est rare qu'on ne se blesse pas les mains.

LXXV

Le peuple a faim parce que le prince

dévore une quantité d'impôts.

Voilà pourquoi il a faim.

Le peuple est difficile à gouverner parce que le prince

aime à agir.

Voilà pourquoi il est difficile à gouverner.

Le peuple méprise la mort parce qu'il cherche avec

trop d'ardeur les moyens de vivre.

Voilà pourquoi il méprise la mort.

Mais celui qui ne s'occupe pas de vivre est plus sage

que celui qui estime la vie.

LXXVI

Quand l'homme vient au monde, il est souple et

faible ; quand il meurt, il est raide et fort.

Quand les arbres et les plantes naissent, ils sont

souples et tendres ; quand ils meurent,

ils sont secs et arides.

La raideur et la force sont les compagnes de la mort ;

la souplesse et la faiblesse

sont les compagnes de la vie.

C'est pourquoi, lorsqu'une armée est forte,

elle ne remporte pas la victoire.

Lorsqu'un arbre est devenu fort, on l'abat.

Ce qui est fort et grand occupe le rang inférieur ; ce qui

est souple et faible occupe le rang supérieur.

LXXVII

La voie du ciel (c'est-à-dire le ciel) est comme l'ouvrier

en arcs, qui abaisse ce qui est élevé, et élève ce qui est

bas ; qui ôte le superflu, et supplée à ce qui manque.

Le ciel ôte à ceux qui ont du superflu

pour aider ceux qui n'ont pas assez.

Il n'en est pas ainsi de l'homme :

il ôte à ceux qui n'ont pas assez pour donner

à ceux qui ont du superflu.

Quel est celui qui est capable de donner son superflu

aux hommes de l'empire ?

Celui-là seul qui possède le Tao.

C'est pourquoi le Saint fait (le bien)

et ne s'en prévaut point.

Il accomplît de grandes choses et ne s'y attache point.

Il ne veut pas laisser voir sa sagesse.

LXXVIII

Parmi toutes les choses du monde, il n'en est point de

plus molle et de plus faible que l'eau, et cependant,

pour briser ce qui est dur et fort,

rien ne peut l'emporter sur elle.

Pour cela rien ne peut remplacer l'eau.

Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort ;

ce qui est mou triomphe de ce qui est dur.

Dans le monde il n'y a personne qui ne connaisse (cette

vérité), mais personne ne peut la mettre en pratique.

C'est pourquoi le Saint dit :

Celui qui supporte les opprobres du royaume

devient chef du royaume.

Celui qui supporte les calamités du royaume

devient le roi de l'empire.

Les paroles droites paraissent contraires (à la raison).

LXXIX

Si vous voulez apaiser les grandes inimitiés des hommes, ils conserveront nécessairement

un reste d'inimitié.

Comment pourraient-ils devenir vertueux ?

De là vient que le Saint garde la partie gauche du

contrat et ne réclame rien aux autres,

C'est pourquoi celui qui a de la vertu songe à donner,

celui qui est sans vertu songe à demander.

Le ciel n'affectionne personne en particulier.

Il donne constamment aux hommes vertueux.

LXXX

(Si je gouvernais) un petit royaume et un peuple peu

nombreux, n'eût-il des armes que pour dix ou cent

hommes, je l'empêcherais de s'en servir.

J'apprendrais au peuple à craindre la mort

et à ne pas émigrer au loin.

Quand il aurait des bateaux et des chars,

il n'y monterait pas.

Quand il aurait des cuirasses et des lances,

il ne les porterait pas.

Je le ferais revenir à l'usage des cordelettes nouées.

Il savourerait sa nourriture, il trouverait de l'élégance

dans ses vêtements, il se plairait dans sa demeure,

il aimerait ses simples usages.

Si un autre royaume se trouvait en face du mien,

et que les cris des coqs et des chiens s'entendissent de l'un à l'autre, mon peuple arriverait à la vieillesse

et à la mort sans avoir visité le peuple voisin.

LXXXI

Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles

élégantes ne sont pas sincères.

L'homme vertueux n'est pas disert ; celui qui est disert

n'est pas vertueux.

Celui qui connaît (le Tao) n'est pas savant ;

celui qui est savant ne le connaît pas.

Le Saint n'accumule pas (les richesses).

Plus il emploie (sa vertu) dans l'intérêt des hommes,

et plus elle augmente.

Plus il donne aux hommes et plus il s'enrichit.

Telle est la voie du ciel, qu'il est utile aux êtres

et ne leur nuit point.

Telle est la voie du Saint, qu'il agit et ne dispute point.

  1. Conclusion

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